ANTOINE Georges

(Liège 1892 – Bruges 1918)

Georges Antoine naît à Liège le 28 avril 1892. Son père, Eugène Antoine (1850-1907), élève d’Étienne Soubre puis maître de chapelle de la cathédrale de Liège, fut en quelque sorte le compositeur officiel de la musique d’église à Liège. Aîné d’une famille de trois enfants et orphelin de père dès l’âge de quinze ans, Geoges Antoine doit assumer la charge de sa famille. En dépit de cela, dans les moments de loisir que lui laissait l’enseignement, il prolonge et approfondit les études musicales qu’il avait entreprise au Conservatoire Royal de Musique de Liège dès l’âge de dix ans. Voici la liste des principales distinctions qu’il obtient au Conservatoire alors dirigé par Sylvain Dupuis: 1906, classe de Jules Defebve, 1er prix de solfège; 1910, classe de Carl Smulders, 1er prix d’harmonie; 1912, classe de Maurice Jaspar, 1er prix de piano; 1913, classe de Jules Robert, 1er prix de musique de chambre; 1913, classe de Sylvain Dupuis, 1er prix de fugue.

En 1910, il compose Les sirènes, op. 1 double chœur pour voix mixtes. En 1912, ce sont les Deux mélodies, op. 2 et la Sonate pour violon et piano en la bémol, op. 3 ainsi que Deux Chansons dans le style ancien, op. 4a. La guerre ayant éclaté, Georges Antoine s’engage durant l’été 1914. Il vient composer un Concerto pour piano et orchestre en sol mineur, op. 5 (perdu a ce jour ). Durant la campagne de l’Yser, une grêle de mitraille l’épargne par miracle, mais la maladie le foudroie dès les premiers mois humides passés dans les tranchées. Dès lors son itinéraire le conduira le plus souvent d’un hôpital à l’autre. Affaibli et sans ressources, étant mis en congé de l’armée, il se fixe en France à Saint-Malo où il donne des leçons, organise des concerts pour le secours des pauvres et se remet à composer. Cette période féconde, 1915-1916, durant laquelle la Sonate, op. 3 reçoit sa forme définitive, voit aussi l’éclosion du Quatuor en ré mineur, op. 6 pour piano, violon, alto et violoncelle, la mélodie Vendanges de 1914, op. 8 ainsi que la plupart des mélodies sur des vers de Baudelaire, Corbière, Klingsor, Samain et Verlaine formant les op. 4b et op. 7. La suite de la guerre compromet un état de santé de plus en plus précaire avec cependant de belles rémissions. Les années 1917 et 1918 voient l’éclosion de Veillées d’armes, op. 9, poème pour orchestre et les mélodies Wallonie, op.10, Noël et Voici riche d’avoir pleuré. En été 1918 commence l’offensive bientôt victorieuse des alliés. Antoine veut revenir dans la zone du front malgré sa santé fragile. Il connaît la joie d’entrer dans Bruges reconquise début octobre. La fièvre l’y terrasse. Ses amis et parents, dans la tourmente de la reconquête, perdent sa trace et une dépêche leur apprend ceci: “Le 13 novembre, au matin, le docteur constate son impuissance à vaincre le mal. Georges fut averti de son état désespéré. Mais il avait déjà tant souffert pendant la guerre qu’il ne voulait pas croire à la gravité de son mal. Le soir, vers sept heures, il est mort tout doucement, sans agonie, en pleine connaissance, en parlant de son prochain retour a Liège, de sa mère et du prix de Rome… “

Plusieurs voix s’étaient déjà élevées pour porter un jugement sur ses travaux. Vincent d’Indy déclarait qu’Antoine était “merveilleusement doué” et trouvait son quatuor remarquable. François Rasse considérait que “la disparition de ce jeune compositeur, de génie, peut-être, fut pour notre art national une perte irréparable”. Charles Van Den Borren le plaçait entre Lekeu et Chausson et estimait que l’avenir aurait pu lui réserver “un rôle de premier plan dans l’évolution de la musique”.

Philippe Gilson
Bibliothécaire du Conservatoire royal de Musique de Liège.

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